Xt_param = 's=573309&p='; try {Xt_r = top.document.referrer;} Xt_param = 's=573309&p='; try {Xt_r = top.document.referrer;}

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/11/2011

Le guetteur(nouvelle)

Comme le concours d'écriture du forum est fini, je peux mettre ici la nouvelle que j'y ai envoyé, et je suis bien contente d'avoir la deuxième place (merci aux votantes) mais pas la première (bon courage Isa !! ^^)

 

1
LE GUETTEUR

Allongé sur le sol rocailleux, il contemplait le ciel. Mais était-ce un
ciel ? Il n’y avait qu’un noir profond et dense, presque palpable, que
les rares étoiles parvenaient à grand peine à percer, comme étouffées
par l’épaisseur de cette obscurité d’encre. Pourquoi venait-il chaque
soir – enfin à l’heure où le marqueur temporel définissait le soir –
s’étendre sous cette nuit, et la laisser l’envahir, comme une eau lente
et insidieuse ? Il venait  pour qu’enfin elle vide totalement son esprit
de tout. Il pouvait alors bâtir image par image le monde dont il tentait
de garder l’image vivante.
Il fallait d’abord que le noir s’efface, se dilue, disparaisse dans du gris
puis du bleu. Voilà ...
Le plus difficile à présent est de comprendre la clarté, le jour, la
couleur, d’imaginer la lumière éclatante d’un soleil triomphant, les
ombres dures, les couleurs crues, alors qu’elles s’effacent peu à peu de
sa mémoire, remplacées par le pauvre et triste jour artificiel des
rampes à fluorescence qui créent l’alternance des jours et des nuits,
toujours à la même heure, toujours avec la même intensité.
Une fois de plus il renonça, ne pouvant recréer dans son esprit que les
images en 3D, que l’ordinateur de la base faisait se succéder sur les
écrans des baies, elles aussi toujours les mêmes. Allons !! Un effort !!
Sur l’écran noir passa fugacement l’ombre verte d’une forêt, l’or clair
d’un champ de blé, images pâlies, figées qui s’effaçaient aussitôt.
  Il se redressa, ralluma sa torche. Un cercle de lumière jaillit faisant
paraître la nuit encore plus noire et les rocs plus aigus. Il se dit qu’il ne
devrait pas exposer sa combinaison à ces aspérités, qu’une fissure lui
serait fatale, mais il ne pouvait résister au désir de sortir du dôme, de
se colleter à l’immensité au plus près, et ce risque était, après tout, la
seule petite excitation de sa monotone existence.
Faisant attention à ne pas trébucher, il s’achemina vers le sas,
composa le code. La porte s’ouvrit sans un bruit: pas d’atmosphère,
pas de son ! Une fois dans le sas, il appuya sur divers boutons, et
lorsque les cadrans furent tous verts il retira son casque et sortit de sa
combinaison. Puis il ouvrit la seconde porte et pénétra dans la salle
des ordinateurs. Juste à l’heure !! Une sonnerie se déclancha, lui
2
indiquant que le moment était venu de la communication quotidienne.
Il s’installa devant les écrans et les cadrans et ouvrit la transmission.
Un bourdonnement envahit la salle, et des lignes sinusoïdales se
mirent à onduler sur les écrans. Il tapa le code et attendit l’autorisation
d’émettre.  La voix métallique de l’ordinateur s’éleva :
« Canal ouvert ! Parlez ! »
Il répéta la phrase qu’il énonçait tous les soirs, la phrase qui signalait
qu’il n’y avait, justement, rien à signaler. Et comme tous les soirs, il
ajouta que cela faisait maintenant 480 jours terrestres que la date de la
relève était passée, et qu’il attendait les instructions pour préparer
l’arrivée d’une navette.
Le bourdonnement continuait, coupé par instant de courts
grésillements qui faisaient à chaque fois battre son cœur.
Puis la voix de l’ordinateur nasilla à nouveau :
« Canal fermé. Communication terminée. »
Ne pas penser, se répétait-il chaque jour à cet instant, ne pas penser,
ne rien attendre, ne pas être déçu, ne pas souffrir, ne pas penser qu’il
suffirait d’ouvrir le sas sans combinaison, et qu’alors il  en aurait fini
d’attendre. Se cramponner , s’accrocher à la consigne : surveiller
l’infini et transmettre la moindre alerte, le plus petit mouvement, le
plus infime clignotement qui annoncerait l’approche d’un vaisseau.
Car il était le Guetteur, celui qui, aux frontières des univers connus,
sauverait les mondes d’une attaque. Il monta à l’étage supérieur, là où
il dormait, mangeait, vivait enfin. Machinalement il mit en route
l’ambianceur. Il se trouva aussitôt environné de cocotiers, de plages de
sable blanc et le doux murmure des vagues se fit entendre. On lui avait
demandé, lors de son installation, quel programme il voulait, il avait
choisi les mers exotiques, et depuis des mois, des années, il vivait sous
des tropiques factices. Comme il en avait rêvé, pourtant, de l’espace,
des infinis stellaires !! Avec quel enthousiasme, aspirant frais émoulu
de l’Ecole Spatiale, il avait posé sa candidature pour un poste de
Guetteur !! Il avait pleine conscience de la grandeur de la mission. On
lui avait appris depuis toujours qu’un jour viendrait de l’espace
Quelque chose, Quelqu’un et qu’il fallait des sentinelles pour
prévenir, afin que les Hommes fussent prêts. Les premières années, il
avait été parfaitement heureux. Il vivait son rêve, quitter le petit
monde surpeuplé et poussiéreux de la Colonie Alpha où il était né, et
3
partir, s’envoler, découvrir, mais il n’avait connu que cet avant-poste.
On lui disait : « Tu es jeune, c’est un poste de débutant, bientôt tu
auras de l’avancement » à chaque période de vacances qu’il retournait
passer sur Alpha. Les premières années, régulièrement, tous les trois
mois terrestres, il recevait l’appel qui l’avertissait que le vaisseau
approchait, puis la navette déposait son remplaçant temporaire et
l’emportait à son tour. Il était toujours revenu avec plaisir sur son
phare intersidéral. Mais les années s’écoulaient, et rien ne bougeait
dans l’infini d’encre. À son dernier passage sur Alpha, il avait
demandé à son chef d’escadre, celui qui gérait la myriade de postes de
guet dans ce quadrant de la galaxie, si il pouvait espérer changer
d’affectation. Il se reprenait à rêver à des départs et des arrivées sur
des astroports importants, que le ballet des navettes animerait jour et
nuit, des astroports où il rencontrerait de ces pilotes de croiseurs
stellaires dont le regard lointain encore plein des espaces infinis,
peinait à se poser sur les rampants. Il retrouvait l’impatience du départ
qui l’habitait lorsque adolescent il faisait le mur de l’Ecole pour rôder
aux abords de l’aire de décollage de sa petite ville, bien modeste
pourtant, mais qui lui semblait la porte ouverte sur l’infini. Oui, il
avait demandé qu’on se souvienne de lui et de ses rêves. Mais à  sa
question le Chef avait hoché la tête, et répondu évasivement qu’il y
penserait. Il avait du s’en contenter.
Lors de la dernière relève, au moment où il recevait l’appel du
vaisseau, il y avait eu de violents craquements dans la transmission, et
une brève flamme orange avait brillé, là où le vaisseau aurait du se
trouver. Celà l’avait à peine inquiété, mais les trois mois terrestres
écoulés, aucun message d’arrivée n’était Parvenu. Et depuis, rien !
plus rien !! plus un mot ! Plus une nouvelle !! La pensée insidieuse de
son abandon avait commencé à faire son chemin, et les interrogations
sans réponse s’étaient mises à tourner dans son cerveau . Mais si
quelque chose était arrivé au vaisseau, un autre n’aurait-il pas du
venir ? . Et il devrait y avoir une réponse à ses transmissions, il y en
avait toujours eu, jusqu’à ce dernier jour, il y avait maintenant si
longtemps. Que s’était-il produit ? Quelqu’un ou Quelque chose était-
il enfin arrivé ? Pas dans son quadrant, en tous cas ! Mais la galaxie
était si vaste !! Pourquoi, pourquoi personne ne se souvenait de lui ?
Et  y avait-il encore quelqu’un pour s’en souvenir ?
4
Il se reprit rapidement : ne pas penser, ne pas attendre, ne pas être
déçu, ne pas penser, ne pas attendre, ne pas être déçu ...
Il fit le tour habituel, vérifiant mécaniquement les serres
hydroponiques, les stocks de tablettes de protéines, les générateurs
d’électricité, d’atmosphère.  Les serres, ça allait, mais les stocks
baissaient !! Et la minuscule parcelle radioactive qui assurait l’énergie,
combien de temps durerait-elle ?
Ne pas penser, ne pas attendre, ne pas penser ...
Il s’allongea sur sa couchette, éteignit et le noir sidéral reprit
possession du dôme. Il avait rêvé de départ, d’espace, et l’espace était
là, autour de lui, et pourtant il était prisonnier, prisonnier, prisonnier ...

Les commentaires sont fermés.