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20/02/2011

Histoire d'un bouton(suite)

Chapitre 8-Une décision... .pdf

 

1
Chapitre 8

Une décision difficile ...

- Non, non, Mr Edward, pas bonn-jor, mais bonjour !! Répétez s’il
vous plaît !
Avec un sourire tout à fait obligeant, le jeune garçon redit très
consciencieusement : « Bonn- jôr ! » et Guillaume pensa qu’il avait
entrepris là une tâche difficile ! Il enchaîna :
- Voyons, nous avons vu l’autre jour la conjugaison du verbe
être. 
Devant l’œil effaré de son élève, il se souvint que celui-ci ne
comprenait pas un traître mot de ce qu’il venait de dire.
    -  Je suis français, ajouta-t-il en se frappant la poitrine, puis
touchant du doigt celle de son élève,
    -   Tu es anglais, et il pensa avec lassitude qu’il verrait le « vous »
de politesse un autre jour. Le visage d’Edward s’éclaira, les souvenirs
de la leçon précédente n’étaient pas encore totalement effacés, et il
reprit avec enthousiasme (et un accent qu’il nous faut renoncer à
transcrire ici !) : 
   -     « Jaô souisss frannncéi, tiou ess anngléii !! 
   -   Non, non !!  s’exclama Guillaume, et il recommença en insistant
bien.
Ses efforts furent récompensés, et il allait continuer quand la
porte de la salle d’étude où il donnait son cours s’ouvrit. Fanny,
portant un plateau abondamment garni annonça « tea-time, sir !! »
puis saisissant la manche du vicomte, elle lui fit comprendre qu’il lui
fallait la suivre.
Guillaume obtempéra avec empressement, supposant que Mr
Robson désirait l’entretenir. Lorsqu’il pénétra dans la bibliothèque, il
s’aperçut que son hôte n’était pas seul. Un homme assez jeune, bien
que plus âgé que Guillaume, grand et mince, se tenait accoudé à la
cheminée, sirotant son thé. Ses cheveux coiffés sans poudre
simplement noués d’un ruban noir étaient sombres, éclairés d’une
touche d’argent aux tempes, son nez long et mince, et une intelligence
2
fine et ironique se lisait dans son regard vert et sur ses lèvres bien
ourlées. .
- Ah ! Voici notre Français ! Entrez, monsieur Martin, que je
vous présente mon ami, sir Percy Woodhouse. Sir Percy, voici le
jeune homme dont je vous ai parlé, qui a entrepris la rude tâche
d’enseigner sa langue  à mon fils.
Sir Percy inclina légèrement la tête, tendit la main à Guillaume :
-    Comment allez-vous ? Je suis très heureux de vous rencontrer. 
Il parlait un français parfait, où l’oreille la plus difficile aurait eu peine
à distinguer une trace d’accent. Guillaume ne put s’empêcher de lui en
faire compliment.
- C’est que ma mère est française, Monsieur Martin, » répondit
l’Anglais avec un sourire, «  et avec elle je ne m’exprime que dans sa
langue.
- C’est assurément la meilleure école !
- Et vous, Monsieur Martin, pratiquez-vous la langue de
Shakespeare ?
-  À vrai dire très mal. Je croyais la parler, grâce à Monsieur
Miron, mon précepteur, mais ce que ce cher homme m’a enseigné est
très éloigné de la réalité, et j’en suis fort marri, ayant dû m’installer
dans votre beau pays.
- Permettez-moi encore une question, Monsieur Martin (et
Guillaume ne put s’empêcher de remarquer avec quelle insistance sir
Percy lui donnait son nom, comme s’il voulait lui faire sentir à quel
point ce nom ne lui convenait pas.) Vous avez quitté la France car l’air
que l’on y respire n’est plus tout à fait de votre goût ? 
Guillaume hésita, l’insistance curieuse de l’Anglais l’avait mis
en alerte, la République avait des espions partout, qui pourchassaient
les émigrés.  Tentant d’adopter le ton bonhomme du bourgeois dont il
espérait avoir l’apparence, il répondit :
- Ma foi, monsieur, je n’étais pas ennemi des idées nouvelles,
mais j’ai une mère, une tante et une aïeule qui requerraient le calme et
une vie paisible, je les ai donc installées ici, d’où nous pouvons
presque voir les côtes de France. 
Sir Percy porta sa tasse à ses lèvres d’un air songeur.  Mr
Robson s’était enfoncé dans une vaste bergère et s’était plongé dans la
lecture du Times, laissant manifestement le champ libre à son ami.
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-  Du thé, monsieur Martin ? reprit sir Percy, et
joignant le geste à la parole il emplit une tasse et l’offrit à Guillaume,
qui la prit en se demandant où le gentlemen anglais voulait en venir,
car il sentait bien qu’il n’en resterait pas là !
- Asseyez-vous, je vous en prie, notre hôte nous laisse à nous-
mêmes et manque à ses devoirs !
- Mais, Percy, il me semble que c’est ce que vous souhaitiez ? 
intervint Mr Robson avec flegme, suivant son habitude de ne pas
s’embarrasser de circonlocutions.
- Vous avez raison, Robson ! Allons à l’essentiel, et ne
tournons pas autour du pot, comme vous dites, ajouta-t-il en
s’inclinant vers Guillaume. Monsieur vous n’êtes pas plus Martin que
moi, je me permets de le dire, votre lignage se sent d’une lieue et vous
ne tromperez personne, en tous cas pas moi. Voyons, vous avez quitté
votre pays parce que vous êtes  un ci-devant, comme disent ces gens-
là,  et que la terreur vous a chassés de chez vous !
Guillaume ne jugea plus nécessaire de cacher la vérité. À quoi bon
continuer une mascarade qui le gênait ? Il décida de revendiquer
simplement et brièvement ce qu’il était. Il se dressa et posa sa tasse
sur la cheminée, et se tournant vers sir Percy, il déclara d’un ton ferme
:
- Votre clairvoyance est admirable, Monsieur. Je suis Guillaume,
vicomte de la Mesnardière. J’ai effectivement fui la terreur, mais ma
principale raison était bien de protéger ma famille. Mon grand-père, le
marquis, dont l’orgueil n’a pu se résoudre à la fuite,  est mort là-bas,
dans les barges de Carier. Mais s’il est vrai que j’abomine ce régime
de sang, je dois aussi reconnaître que je comprenais et appréciais les
idées nouvelles qui nous viennent des Philosophes. Ces idées,
Monsieur, survivront à ce régime horrible, et comme elles sont à
l’image de la Justice, elles s’enracineront, et même gagneront d’autres
nations. 
Guillaume se tut, regrettant de s’être autant découvert, mais il ne
pouvait souffrir que l’on critiquât son pays sans essayer d’en connaître
toutes les facettes. Et il avait encore en mémoire ses querelles à ce
sujet avec son grand-père.
Sir Percy eut un sourire en coin, et reprit :
- Monsieur, j’aime votre franchise et votre sincérité. Libre à vous
4
de penser ce que vous dites, vous êtes jeune,  mais pour le moment les
gens comme vous sont pourchassés et assassinés, et il n’est pas là
question de justice. Souvenez-vous des massacres qui ont ensanglanté
les rues de Paris il y aura un an en septembre. L’urgence, aujourd’hui,
est de sauver autant des vôtres que possible.
- Je suis fort surpris, sir Percy, qu’un Anglais ait à cœur de sauver
des Français, dit Guillaume avec un sourire.
- Je vous l’ai dit, ma mère est française. Je me suis intéressé en
premier à notre famille, puis à leurs amis, puis j’ai continué de proche
en proche. Mais je ne souhaite pas vous ennuyer plus longtemps de
mes aventures, sachez seulement que j’ai des contacts en France, je
m’y rends moi-même assez souvent ;  mon ami Robson m’ayant parlé
de vous, votre cas m’a intéressé et, en un mot, puis-je  vous proposer
mes services ? Auriez-vous des personnes à rassurer, des dispositions
financières à prendre ?
- Monsieur, je suis profondément touché de votre offre. Je vais y
réfléchir, en parler avec ma famille, enfin les chères femmes qui
vivent avec moi, et je vous ferai savoir ce que nous aurons décidé. Je
peux cependant déjà vous remercier du fond du cœur de votre
générosité qui, soyez-en sûr, les touchera profondément.
- Mon agent part dans une semaine pour une mission particulière,
si cela lui est possible, je lui adjoindrai votre demande.
Guillaume se tourna vers Mr Robson et lui dit d’un ton pénétré de
gratitude :
- Permettez-moi de vous remercier également de votre grande
bonté et de votre sollicitude à mon égard, Monsieur. Puis-je me
retirer ?
- Laissez cela, vicomte ! Voir des personnes comme vous mises à
mal, ou pire, c’est du gaspillage, et j’ai horreur du gaspillage !
répondit l’Anglais. Abandonnant son journal il se leva et tendit la
main au jeune homme.
-  Vous pouvez aller, Vicomte. Faites-moi savoir votre réponse et
j’en ferai part à Percy.
Guillaume renouvela ses remerciements et sortit, pas encore tout
à fait remis de la surprise causée par cette conversation. Lui qui se
débattait et tournait en rond  pour savoir comment avoir des nouvelles
de leur château, ne sachant à qui s’adresser, tremblant de faire un faux
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pas fatal, voilà que la solution à ses problèmes lui arrivait toute rôtie !
Il pressa le pas afin de rejoindre au plus vite sa famille.
Il trouva les dames assises dans le parloir de Madame Rosalie,
autour de la table à thé.
- Entrez vite, Monsieur Guillaume, s’exclama la logeuse d’un ton
engageant.  Il reste du thé et quelques scones, ils ont refroidi mais ils
sont encore moelleux !
- Vous êtes très aimable, madame Rosalie, et je vous remercie,
mais j’ai pris le thé chez Mr Robson, et il me faudrait à présent
entretenir ma famille d’une affaire d’importance, aussi nous allons
nous retirer, avec votre permission.
- N’en faites rien ! Je vous laisse le parloir !! Je dois aller préparer
le souper ! Installez-vous et profitez des derniers scones ! 
Et la bonne dame partit vers sa cuisine d’un pas vif. Guillaume
rapporta alors aux dames la conversation qu’il venait d’avoir. La
première à prendre la parole fut Hortense de Bénouville. D’un ton sec,
elle s’exclama :
- Il y a donc enfin des gens pour s’intéresser à notre sort !! Je ne
pouvais croire qu’on laissât la fine fleur de la noblesse française se
faire décimer sans mot dire! Mais ces Anglais ont mis bien du temps !
- Ma fille, répondit fermement sa mère, n’oubliez pas que ces
personnes ne nous doivent rien. Ce n’est que par pure bonté d’âme
que ce sir Percy Woodhouse a entrepris ces sauvetages. Il faudrait
apprendre à ne pas considérer tout ce que l’on fait pour vous comme
un dû. Voyons, Guillaume, ajouta-t-elle en se tournant vers son petit-
fils, que penses-tu faire de cette proposition ?
- J’aimerais savoir ce qu’il en est de notre château, grand-mère,
savoir s’il a déjà été vendu comme bien national. Nous n’avons plus
rien que cela, si par bonheur il pouvait être sauvé ... Mais comment ?
Madame de la Mesnardière intervint alors :
- Ne pourrions-nous  pas essayer de contacter Maître Grangier,
notre notaire, par le biais de sir Woodhouse ? Il me semble que ce
serait la meilleure façon de savoir ce qu’il en est.
- Vous avez raison, mère. C’est ce que nous allons faire. Auriez-
vous la bonté d’écrire une lettre pour Maître Grangier, que sir Percy
remettra à son émissaire, afin qu’elle lui serve d’introduction ?  Il se
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peut que cela prenne du temps,  mais nous aurons une réponse et nous
serons fixés.
- Monsieur mon neveu, intervint Hortense, que la remontrance de
sa mère avait réduite un instant au silence, ne croyez pas que je sois
indifférente aux efforts que vous faites pour nous assurer le vivre et le
couvert. Je ne comprends simplement pas que toute la noblesse
d’Europe ne s’unisse pas pour venir à notre secours.
- Mais la noblesse d’Europe, avec la noblesse française émigrée
est à nos frontières, avec les armées autrichiennes, ce qui ne peut
qu’encourager le Comité de Salut Public à maintenir et durcir la
Terreur. Mais baste ! Ma tante, ne nous disputons pas, il nous reste
d’être ensemble, de ne pas être à la rue, de ne pas mourir de faim.
À cet instant la cloche sonna annonçant le souper. Guillaume
donna le bras à sa grand-mère, les deux sœurs suivirent et chacun se
rendit à la salle à manger. Une fois de retour dans sa chambre,
Madame de la Mesnardière s’empressa de composer une missive à
l’intention de Maître Grangier. Elle avait gardé un excellent souvenir
de ce petit homme vif et drôle qui avait toujours entretenu d’excellents
rapports avec sa famille. Elle espérait seulement qu’il n’avait pas
disparu dans la tourmente révolutionnaire. « Cher Maître » écrivit-
elle, « J’espère que l’émissaire qui a eu la bonté de nous proposer son
aide vous trouvera en bonne santé, ...... » Elle s’interrompit, car il ne
fallait pas, au cas où cette lettre tomberait entre de mauvaises mains,
qu’elle pût nuire à son destinataire. Elle réfléchit qu’il valait mieux
que Guillaume confiât son message oralement au messager de sir
Percy, sa lettre n’étant alors qu’une introduction servant à prouver
qu’il venait bien en son nom.
Elle froissa la feuille, en en reprit une autre et recommença :
« Cher maître,
J’ose espérer que vous n’avez pas oublié vos vieux amis. Je veux
croire que vous vous portez toujours bien, et tiens seulement à vous
assurer de l’amitié de notre famille. »
Elle signa et cacheta sa missive. Maître Grangier reconnaîtrait
son écriture.
7
Le lendemain, Guillaume confia le pli à Mr Robson. La jeune
servante l’introduisit et le mena directement dans la bibliothèque.
- Alors, vicomte, avez-vous pris une décision ? Avez-vous
un message pour sir Percy ?
- Oui. Nous avons pensé qu’il serait bon que nous reprenions
contact avec notre notaire, maître Grangier, dans la ville de N.....car
lui pourra nous dire ce qu’il en est de ce que nous avons laissé. Ma
mère a écrit un billet très simple qui ne compromet personne à seule
fin de l’authentifier comme notre messager. Il faudra donc qu’il lui
explique de vive voix le but de cette visite.
- J’expliquerai tout cela à Percy, nous dînons ce soir ensemble à
notre club. Donnez votre lettre. 
Guillaume remit le pli à l’Anglais, en lui précisant la dernière
adresse connue du notaire et celui-ci le mit dans sa poche. Le vicomte
prit alors congé, et sur le chemin du retour il se mit  à rêver d’un
retour chez lui. Brusquement la nostalgie de son pays se fit poignante,
et le désir de revoir le château où il avait grandi lui serra le cœur.
Allons ! Il faut espérer, se dit-il.
Les jours passèrent, bien lentement au gré de la famille qui avait
commencé à retrouver un peu d’espoir. Comme chacun le sait, quand
on n’attend rien, le temps s’écoule d’une façon égale, mais dès que le
désir, l’impatience sont en jeu, le temps se met à s’étirer
inexorablement. Guillaume répétait tour à tour à sa mère, puis à sa
tante et à sa grand-mère que l’émissaire n’était parti que quatre ou
cinq jours après que la lettre ait été écrite, qu’il fallait le temps du
voyage, de la recherche, que l’émissaire avait une autre mission à
accomplir qui était prioritaire, et qu’enfin en un mot comme en cent il
n’y avait rien à faire d’autre que d’attendre.
Enfin, au milieu du mois d’août, alors qu’il donnait sa leçon à Edward
Robson, Fanny vint le chercher pour le conduire à la bibliothèque. Sir
Percy s’y trouvait avec le maître de maison. Après les salutations
d’usage, sir Percy aborda le sujet qui mettait Guillaume sur des
charbons ardents.
- Notre émissaire a rencontré votre notaire, monsieur le Vicomte.
Il lui a transmis votre message. Ce monsieur, fort prudemment, n’a
écrit qu’une ligne, que voici, mais il a chargé John (c’est l’ami qui a
accompli la mission) d’un message verbal. Voici le mot. »
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Guillaume fit sauter le cachet et déplia la feuille. Effectivement,
maître Grangier n’avait écrit que les mots suivants :
« Madame,
« Quel bonheur de vous savoir en bonne santé ! Je profite de cette
« lettre pour vous assurer de mon amitié fidèle.
« Je reste, madame, votre humble et dévoué serviteur.
« R Grangier
Levant les yeux, Guillaume interrogea :
« Je suppose, sir Percy, que votre ami vous a communiqué le message
de maître Grangier ?
- Certainement, vicomte, et il est simple : il faut absolument que
vous retourniez brièvement en France. Votre château est sur le point
d’être vendu comme Bien National.
- Je n’osais espérer qu’il ne le fût déjà ! s’écria Guillaume.
- Maître Grangier a spécifié à notre ami qu’un haut personnage de
la municipalité l’avait, en quelque sorte, réservé, mais que cette
personne avait été à son tour trouvée trop modérée et qu’elle avait fini
là où elle en avait envoyé tant d’autres.
- À l’échafaud ! conclut laconiquement Mr Robson.
- Mais vouloir que j’aille en France, Pourquoi ? Que puis-je
faire ?
- Maître Grangier aurait connaissance de quelque chose qu’il
souhaite vivement vous faire connaître, et qui pourrait sauver la
situation. Voilà tout ce que je puis vous dire, vicomte. 
Sir Percy se tût, et, croisant les bras, adopta l’attitude de celui
qui n’avait plus rien de nécessaire à dire. Guillaume était bouleversé.
Retourner en France !! Que dirait sa mère ?  Et si il lui arrivait
quelque chose, que deviendrait-elle ? Et que pouvait savoir maître
Grangier qui lui eût permis de sauver le château ? En même temps que
ces craintes raisonnables une petite voix chantait en lui : « Retourner
en France ! Chez moi ! ». Il essayait de l’ignorer, mais c’était comme
si une main légère le tirait par la manche, et il désirait tant la suivre !
Mr Robson prit alors la parole.
-  Je crois, mon ami, que le mieux est de rentrer chez vous faire
part de cette nouvelle à votre famille. Elle vous aidera à prendre une
décision fort difficile, je l’admets.
9
- Et n’oubliez pas » enchaîna sir Percy, « que je peux vous aider
à vous rendre en France d’une façon sûre, enfin, assez sûre étant
données les circonstances ! »
Guillaume réfléchit quelques instants, puis d’une voix décidée : 
- Je me rends à vos raisons, messieurs » déclara-t-il. « Il me faut
avant tout en conférer avec ma famille. Encore merci, sir Percy, pour
votre extrême obligeance. Il est tout à fait possible que j’aie de
nouveau recours à elle si je décide de partir. Mr Robson, recevez
également l’expression de ma gratitude sincère et profonde. Vous me
permettez d’agir, et de ne plus être un fétu de paille ballotté par les
éléments. Messieurs, je vous souhaite le bonsoir. »
Guillaume s’empressa de retourner à la pension de madame
Rosalie. Cette fois les dames étaient dans leurs chambres, l’heure du
thé n’ayant pas encore sonné. Guillaume gravit quatre à quatre
l’escalier et après avoir toqué à la porte de sa mère, il pénétra dans la
chambre où Madame de la Mesnardière reprisait un bonnet de dentelle
prés de la fenêtre.
- Qu’y a-t-il, Guillaume ? Vous me semblez bouleversé, effrayé et
heureux ?
- Ma Mère, votre perspicacité fera toujours mon étonnement !! je
suis effectivement bouleversé, et ne puis m’empêcher d’être heureux !
- Asseyez-vous auprès de moi, mon fils, et contez-moi cela ! »
Guillaume tira une chaise auprès de sa mère et s’y assit, tout en
rapportant ce qu’il avait appris chez Mr Robson. Madame de la
Mesnardière l’écouta sans mot dire, le coude appuyé sur la table, la
main sur les yeux. Puis, après quelques instants de silence, elle releva
la tête et dit en soupirant :
- Hélas ! Mon cher enfant ! Je vois qu’il va falloir que vous
portiez encore ce fardeau ! Je ne vois pas comment vous pourrez vous
soustraire à l’obligation d’aller en France.
- Auriez-vous quelque idée, maman, de ce que maître Grangier
voudrait me faire savoir ?
- Pas la moindre, mon fils, mais c’était votre grand-père, comme
vous le savez bien, qui s’occupait de tout avec lui… Peut-être le
marquis lui aura confié quelque secret, avant que maître Grangier ne
quitte la ville.
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Guillaume se ressouvint alors des quelques paroles balbutiées
par le vieil homme au moment de la bousculade affolante des
préparatifs faits en hâte : « Tu dois savoir ... Si j’avais pu te dire ... »
Mais Hortense étaient intervenue sèchement, lui coupant la parole, et
Jérôme les pressait : les soldats étaient sur ses talons.
- Oui, en effet, grand-père a paru vouloir me dire quelque chose,
mais nous sommes partis si vite, et il a été arrêté aussitôt après. 
Ils se turent à nouveau, revivant la fuite haletante, l’angoisse et
le départ sur la mer.
- Allons, ma mère ! Vous l’avez dit : je dois y aller. Sir Percy m’a
proposé son aide, cela me met en confiance, après tout il semble bien
avoir une filière sûre. Nous devons à présent mettre Grand-Mère et
Tante dans la confidence.
- Pensez-vous nécessaire de le leur dire, mon cher enfant ? Elles
seront si inquiètes !
- Mais vous-même, ne le serez-vous pas ? » et comme elle souriait
tristement, il ajouta :  « Au moins pourrez-vous vous soutenir l’une
l’autre, Grand-Mère est une femme de tête et de grand bon sens, et ma
tante, pour acariâtre qu’elle soit, possède aussi ces qualités de raison.
Il sera bon pour vous d’avoir leur soutien. »
Guillaume se pencha pour déposer un tendre baiser sur le front
de sa mère, puis lui tendant le bras :
« Voilà Margaret qui sonne pour le thé, maman ! Allons, nous
parlerons après. Pour le moment profitons encore de ces instants
ensemble. »
Madame de la Mesnardière prit le bras de son fils et ils
descendirent au salon.

Commentaires

Je suis carrément suspendue au récit, vite la suite. Merci pour ce bon moment.

Écrit par : fée clochette | 20/02/2011

Juste pour te dire, que j'attends la suiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiite ... ^^ biz

Écrit par : fée clochette | 03/12/2011

Lol, suis-je condamnée à relire sans cesse en me demandant ce que tu mijotes pour la fin.... bisous et bon été.

Écrit par : fée clochette | 29/05/2012

Les commentaires sont fermés.