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20/02/2011

Histoire d'un bouton(suite)

Chapitre 7- Peut-êt#12775F8.pdf

 

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Chapitre 7

Peut-être une piste ...

Il se passa quelques jours avant qu’Edmée ait l’occasion de
parler à Manette de ce notaire, qui, pour le moment, semblait le seul
lien possible avec les émigrés d’Angleterre. Il y avait eu grande
lessive chez les Fargaud, et la maison avait connu un va-et-vient de
lavandières louées pour l’occasion sur lesquelles Manettte avait la
haute main. C’était le dernier jour, et heureusement le temps
magnifique avait permis de sécher rapidement tout le linge. La maison
ne possédant pas de jardin, il fallait tout emporter par brouettées sur
un pré aux limites de la ville, étaler sur l’herbe en le fixant avec des
pierres, bien sûr surveiller et remporter le soir venu les brouettes de
draps, serviettes et torchons jusqu’à la maison, et ce, avant que ne
tombe le serein qui emperlerait l’herbe de rosée.
Cette tâche avait dû être remise pendant plusieurs semaines, car
à la remontée des armées vendéennes vers N... la municipalité avait
instauré un régime sévère d’interdictions de circulation, et il aurait été
impossible de se rendre sur le pré. Comme tous les habitants, la
famille Fargaud avait tremblé quand le bruit s’était répandu de
l’arrivée des Vendéens. On savait la prise d’Angers, et la ville s’était
préparée à un siège. Cependant, la garnison composée de soldats
venus du nord, qu’on appelait les Mayençais, avait eu raison des
rebelles, et la victoire républicaine avait été complète. On disait même
qu’ils avaient regagné leur bocage, et que c’était sans doute la fin de
leur période de gloire. La vie avait repris son cours, d’abord hésitante,
mais à présent on pouvait à nouveau circuler et sortir de la ville. Par
contre la répression contre les suspects était devenue féroce et plus
que jamais il fallait être sur ses gardes. L’affreux Carier sévissait
toujours., la guillotine ne chômait pas sans compter les chalands qui
continuaient à déverser leurs terribles chargements dans la Loire.
Mais à condition de se taire, faire le dos rond, on pouvait à peu
près retrouver les occupations de la vie quotidienne et donc manette
avait enfin pu entreprendre sa grande lessive annuelle.
Madame Fargaud se reposant entièrement sur elle, elle ne
pouvait quitter la maison et c’est à Edmée qu’avait échu la tâche de
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transporter et surveiller la lessive. Par mesure de précaution, Anselme
l’avait toujours accompagnée. Il faut avouer que le temps lui avait
paru souvent long, mais enfin, c’était le dernier jour, et au moment de
quitter la maison pour rejoindre les lavandières au lavoir, elle avait
demandé à Manette d’un ton câlin :
- Dis-moi, ma nounou, ne viendrais-tu pas avec moi au pré
aujourd’hui, à la place d’Anselme ? Quand les lavandières auront tout
étalé, elles partiront et je resterai avec lui à m’ennuyer ! Je n’en peux
plus de ses histoires de marin et de la bataille qui lui a coûté sa
jambe !! Si tu venais, nous pourrions bavarder !
- Mmmm !!  répondit Manette d’un air dubitatif. Voyons, oui, cet
après-midi je pense que ce sera possible, je te rejoindrai et nous
pourrons ... bavarder ! 
Et elle accompagna ces derniers mots d’un coup d’œil complice.
Edmée sourit en son for intérieur, bien sûr que Manette avait
compris !! Elle partit donc contente et aussi impatiente de pouvoir
mettre la vieille gouvernante au courant des dernières nouvelles.
Une fois installée à l’ombre d’un pommier dont les branches
commençaient à se garnir de fruits, elle sortit de sa poche un livre, le
même qu’elle avait emporté chaque jour, Paul et Virginie de Monsieur
Bernardin de Saint-Pierre. Elle avait pourtant eu du mal à s’y
intéresser vraiment, car immanquablement son esprit vagabondait et
revenait à ses préoccupations : l’absence de Marceau et le trésor des
Mesnardière. Et là il lui fut encore plus difficile de se plonger dans
l’histoire, car à tout instant elle levait les yeux  pour guetter l’arrivée
de Manette.
Enfin, elle l’aperçut à l’entrée du pré. Elle lui fit de grands
signes, et, dès que la vieille gouvernante se fut laissé tomber dans
l’herbe, elle s’écria :
- Ah ! Manette il faut absolument que je te dise ...
- Tout doux, ma belle !... Une petite minute, laisse-moi respirer,
reprendre mon souffle, aie pitié de mes vieilles jambes !!... Je savais
bien, figure-toi, que tu aurais du nouveau ! Alors ?
- Eh bien, j’ai rencontré il y a peu maître Jacquinot, comme tu me
l’avais conseillé, et heureusement, car il avait bien envie de me voir
lui aussi ! Figure-toi, Manette, qu’il a revu un certain Martin qui était
clerc chez le notaire de la famille de la Mesnardière. Il pense que par
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lui, nous pourrions savoir des nouvelles de cette famille, et peut-être
leur rendre leur bien !
- Heulà !! ma fille !! Il faut vraiment faire attention où nous allons
mettre les pieds, vois-tu. Ce Martin est-il digne de confiance ?
- Oh ! Martin n’est pas inquiétant, il est bavard et maître
Jacquinot, avec un pichet de vin de Loire, lui a fait dire tout ce qu’il
savait.
- Et que savait-il ?
- Que le notaire, que l’on croyait émigré, est revenu, mais qu’il se
fait très discret, et qu’il reçoit de mystérieuses visites nocturnes de
messieurs qui seraient anglais ! Maintenant, comment savoir si le
notaire a reçu des nouvelles des Mesnardière ? Je ne peux pas aller
l’interroger, encore moins le mettre dans la confidence !
- Sapristi !! Sûrement pas !!! Ah la la !! .... Comment faire ? Il va
falloir jouer finement, et utiliser ce Martin ...
- Oui, il est notre seul lien, mais comment, sans éveiller les
soupçons ...
- Je sais ! interrompit triomphalement Manette. Maître Jacquinot
n’a qu’à utiliser comme prétexte les meubles qu’il a recouverts pour le
Commissaire de la République, c’est une façon habile et détournée de
glisser le nom des ci-devant dans la conversation, et une fois l’appât
lancé, il faut laisser venir, et voir ce qu’on va pêcher. 
- Je le savais bien, que tu aurais la bonne idée ! s’exclama la jeune
fille en embrassant sa nourrice.  Je l’ai dit à Maître Jacquinot, que tu
serais de bon conseil !
- Ah ! Il faut bien qu’il y ait des compensations à vieillir, ma
poulette, ce serait dommage de n’en avoir rien appris ! répondit en
riant Manette. Là ! Voyons à retourner ces draps, il faut qu’ils soient
sec pour ce soir ! 
Et les deux femmes se levèrent pour accomplir leur besogne, tout
en riant et en devisant gaîment.
Dès le lendemain Edmée, son panier au bras, se rendit au marché
avec l’intention de parler au maître tapissier. Malheureusement,
comme elle passait devant la boutique, elle aperçut deux chalands en
grande discussion avec lui. Elle ralentit légèrement le pas, afin que
maître Jacquinot la vît, et ce faisant, lui fit un léger signe de tête
auquel il répondit de la même façon. Il aurait sûrement compris
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qu’elle avait à lui parler. En effet, lors de son retour, elle vit la
boutique fermée, mais le signal mis à l’œil de bœuf. La porte de
l’allée étant entrouverte, elle y pénétra rapidement, après s’être
assurée que personne n’avait pu l’apercevoir. Maître Jacquinot
l’attendait, il la précéda jusque dans la petite cour. Il lui désigna d’un
clin d’œil le massif de giroflées sous lequel dormait le trésor.
- Alors, Mam’zelle ? Avez-vous causé à M’ame Manette ?
- Mais oui, maître Jacquinot ! Et elle a eu une bonne idée, comme
je m’y attendais ! Avez-vous l’occasion de revoir souvent ce Martin ?
- Je le revois quasiment à chaque fois que je vais à la taverne,
c’est ben rare qu’il n’y soit point !
- Eh bien, il faudrait que vous arriviez à lui glisser le nom des
Mesnardière, pour voir ce qui en résulterait.
- Pour sûr que j’y avons pensé, mais comment ?
- Eh bien, en lui racontant, par exemple, que vous avez eu entre
vos mains le mobilier du château. Si ce Martin est aussi bavard que
vous le dites, le seul fait d’entendre le nom lui fera raconter tout ce
qu’il sait ! Je vous fais confiance, maître Jacquinot ! Souvenez-vous
comme vous avez su faire parler les soldats, quand nous avons trouvé
le trésor ! Sans vous nous ne pouvions rien commencer !! 
Le vieil homme se redressa avec fierté. Oui da ! Mamz’elle ! J’ai
autant d’jugeotte qu’un aut’, pour sûr, et je ne m’ferai point attraper.
J’vas y aller dès ce soir, à la taverne ! et nous aurons bientôt des
nouvelles.
- C’est parfait, maître Jacquinot ! Maintenant je me sauve, votre
boutique fermée à cette heure pourrait éveiller les curieux. À très
bientôt !
- Attendez ! J’vas guetter à la porte, c’est bon ... y a personne en
vue, courez vite !
La jeune fille sortit prestement et rentra chez elle d’un pas vif. Il
était à peine midi, le vieux tapissier n’irait pas à la taverne avant ce
soir, il faudrait attendre demain pour en savoir plus.
Effectivement, sur le coup de l’angélus de sept heures, maître
Jacquinot se rendit à la taverne de la rue du Pas de la Mule, où il avait
ses habitudes et où Martin semblait les avoir aussi. Le clerc était déjà
attablé, et par chance, il était seul. Maître Jacquinot s’approcha de lui :
-  Holà ! Compère ! Boire seul est bien triste ! Que diriez-vous de
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partager un pichet de vin clairet avec moi, si votre état de clerc n’est
pas trop gêné par mon état d’artisan ?
- Mais point du tout, maître Jacquinot, je suis tout à fait partisan
de l’égalité, surtout celle que procure un bon vin équitablement
partagé !
Maître Jacquinot s’installa et héla le patron de l’établissement
afin qu’il apportât le pichet promis. Les deux hommes commencèrent
par rendre hommage au cru local par une longue lampée (que maître
Jacquinot fit cependant plus courte), puis, appuyant les coudes sur la
table, Martin demanda :
- Alors, mon maître ? Comment se porte la tapisserie de nos
jours ? 
Maître Jacquinot éleva une action de grâce in petto à la
Providence qui faisait que Martin lui servait son sujet d’enquête sur un
plateau.
- Mais pas mal, pas mal du tout ma foi !! Les anciennes pratiques
sont parties, mais il y en a de nouvelles qui ne souhaitent rien tant que
de s’asseoir sur du velours, ça les change !! 
Et il éclata d’un rire bonhomme,  accompagné par son acolyte,
qui en était à sa deuxième tournée déjà.
- Vous voulez sans doute parler de ces messieurs de l’Hôtel de
ville, mon compère ? 
Maître Jacquinot ne se laissa pas tenter par l’ouverture sans
s’assurer un peu plus de l’inclination politique de son compagnon. Il
décida de louvoyer un peu.
- Eux, et d’autres aussi !! Il y a maintenant un an que notre
République a mis en vente les biens Nationaux, et il y a pas mal de
bourgeois qui en ont profité.
- Profité est le mot !  s’exclama le clerc, en se versant une autre
rasade, qu’il avala d’un trait.  C’est honteux de voler – car c’est un
vol, que je dis !! de voler le bien des autres !! 
Maître Jacquinot vit tout de suite d’où soufflait le vent, et aussi
qu’il avait intérêt à calmer son compagnon, car les propos tenus
pouvaient être source de bien des ennuis.
- Chut !! Chut donc, mon camarade !!! Attention à qui vous
parlez ! Heureusement que je pense comme vous sinon vous pourriez
vous retrouver dans de bien mauvais draps !
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- Ah ! C’est vrai ! merci, camarade, merci ! je m’emporte, je
m’emporte ... mais ce pichet est déjà vide ?
- C’est que ces pots sont si petits ! 
Et le tapissier fit signe qu’on en apportât un autre. Cette fois il
fallait pousser le fer.
- Justement, vous me faites penser à  une pratique que j’ai eue, il y
a déjà quelques mois de ça, le Commissaire Galipaud, vous vous
souvenez ?
- Bien sûr !! Un ci-devant boulanger !! ajouta-t-il en ricanant
- Eh bien il m’avait fait recouvrir tout un mobilier avec un velours
tricolore du plus bel effet, quand on aime ce style voyant, et faut bien
dire que ça ne lui a guère porté chance, car il a fini sur la place, dans
les bras de la Veuve !! Les meubles venaient d’un village, à un bonne
journée de cheval d’ici, Plessis..., attendez, ça va me revenir ...
- Plessis le Château ?interrogea  vivement Martin.
- Tout juste !! et même que les ci-devant se nommaient ... je l’ai
sur le bout d’la langue !...
- Mesnardière ? interrogea à nouveau Martin, et cette fois en
baissant la voix
- Mais oui !! C’est bien ça !! Mes...
- Chut donc !! C’est à mon tour de vous dire d’être prudent,
compère !!
- Bah ! Et pourquoi ? Y sont morts sans doute, puisque leur
château a été pillé !
- Eh bien non, justement ! Ils sont émigrés, en Angleterre. Mon
maître est le notaire de la famille et je sais qu’il les a recherchés. Il a
appris qu’un marin pêcheur les a passés de l’autre côté de la Manche. 
Maître Jacquinot sentit un frisson le parcourir. Ainsi il y avait
bien une famille à qui le trésor appartenait en droit légitime !! Martin
semblait tout à coup beaucoup moins gris, et il lança un regard
soupçonneux à l’artisan.
- Mais ce vin de Loire est bien traître !! me voilà à radoter et à
parler à tort et à travers !!
- Tout le monde sait que les paroles dites à la taverne restent à la
taverne, monsieur Martin !! Moi-même ne suis plus bien assuré sur
mes jambes, et y a gros à parier que demain je n’me souviendrais de
rien ! répondit le tapissier en accentuant l’embarras de sa parole.
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Il sentit que s’il voulait retirer d’autres renseignements il allait
falloir en ménager la source. Allons ! C’était un début !!
Mademoiselle Edmée serait contente ! Les deux hommes se levèrent
et quittèrent de concert la taverne. Une fois dans la rue, maître
Jacquinot insista sur le plaisir qu’il y a à boire en bonne compagnie, et
qu’il serait bien dommage que l’expérience ne soit pas renouvelée.
Martin, ne pouvant résister à la perspective boire gratis lui assura qu’il
en était bien d’accord, et que bien sûr si l’occasion s’en présentait ...
Là-dessus ils partirent chacun de son côté.
- N’aie pas peur, mon gars, elle se représentera, l’occasion !!! Pas
tout de suite, faut être prudent, mais elle se représentera !

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