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24/01/2011

Histoire d'un bouton(suite)

3ème partie

Chapitre 3

                                                           CHAPITRE 3

 

                              Sur la route ...

 

La journée avait été longue et la halte du soir fut la bienvenue. Le long crépuscule de l’été s’attardait dans un ciel qui virait lentement au violet. Les recrues qui montaient de l’Ouest vers le Nord avaient été stationnées dans un vaste champ peu vallonné  bordé par un ruisseau d’un côté et entouré de haies de l’autre. Quelques feux épars avaient été allumés, regroupant des soldats, tirant sur leur pipe, ou jouant aux cartes sur un manteau. Un peu à l’écart, les chevaux des officiers avaient été parqués et de temps en temps on pouvait les entendre frapper du sabot, mâcher leur avoine ou s’ébrouer, ce qui rendait plus palpable encore le calme du soir tombant.

Un homme marchait lentement, le front baissé, les mains au dos. On pouvait voir à son uniforme que c’était un lieutenant. Sans rien en manifester, il tentait de saisir les propos des recrues, afin mieux comprendre l’état du moral de sa troupe. Il n’y avait que deux jours qu’il avait rejoint l’armée, et il éprouvait du bonheur à s’y replonger après un séjour dans l’administration du château de N... Dans l’ensemble, cela allait plutôt bien : beaucoup d’entre eux n’étaient pas fâchés de voir du pays, et le désir de défendre la Patrie était fort et sincère.  Quelques uns cependant regrettaient une maison, une famille, une amie.

Son regard fut attiré par deux garçons qui se tenaient un peu à l’écart, et bavardaient. « Je connais ces visages, » se dit-il. «  Où les ai-je vus ? » Brusquement la mémoire lui revint : c’était au château, de N... les deux garçons qu’il avait sauvés du Tribunal Révolutionnaire en les envoyant à l’armée !! Il s’approcha d’eux.

« Alors, mes garçons, que dites-vous de votre nouvelle vie ? »

Au son de sa voix, les deux hommes se levèrent aussitôt. Ils n’étaient pas dans l’armée depuis longtemps mais cela suffisait cependant pour qu’ils aient parfaitement compris que, égalité ou pas, il valait mieux respecter la hiérarchie. Cependant, à la vue du lieutenant, leur visage s’éclaira d’un sourire. Marceau prit aussitôt la parole :

« C’est une vraie chance que nous puissions vous parler, citoyen lieutenant. Nous n’avons pas pu vous remercier, et nous savons bien ce que nous vous devons, mon camarade et moi. Pas moins que la vie, bien sûr !

- Tout pareil que lui, citoyen lieutenant » ajouta laconiquement Mathieu.

« Dis donc, toi, » l’interpella le lieutenant. « As-tu mis un peu de plomb dans ta cervelle de moineau ?

- Oh ! Mais oui, citoyen lieutenant ! Je sais à présent qu’il vaut mieux se taire que de parler !

- Belle preuve d’une sagesse naissante ! » s’exclama en riant le lieutenant. Et il reprit tranquillement sa promenade.

Les deux hommes se rassirent, et Matthieu déclara : « C’est une sacrée chance que ce lieutenant soit ici !! Ce ne sera pas de refus d’avoir un peu de soutien !

- Mais nous n’allons pas l’importuner sans arrêt, tu sais. Il a sûrement d’autres choses à faire !

- Qui te parle d’aller l’ennuyer ! Seulement ne le perdons pas de vue, il nous connaît, s’il a quelque ordre particulier à faire exécuter, il pensera d’abord à deux têtes connues, et si il nous voit dans les environs, ce n’en sera que mieux ! »

Marceau considéra son compagnon avec un certain étonnement.

« Je ne t’imaginais pas si plein de bonne volonté dans le service ! » dit-il d’un ton amusé.

« Ce n’est pas question de bonne volonté, quoi que, si ça peut te faire plaisir, on va dire qu’il y aussi de ça. Mais c’est surtout question d’en avoir le retour ! Nous pouvons y gagner des avantages, et je crois que penser aussi à soi n’est pas un crime ! » Marceau réfléchit quelques instants, puis il ajouta : «  Tu as sans doute raison, il n’y a pas de mal à accomplir le bien pour le bien et aussi à en attendre une amélioration de son sort !

- N’est-ce pas ? » renchérit Mathieu, qui n’était guère sensible à l’ironie, et qui, au fond, tenait à l’estime de Marceau, car il sentait confusément là une nature qui lui était supérieure.

« Nous devrions dormir », déclara Marceau. « Il faut encore marcher demain ! » Et il se leva, s’étira en bâillant et entra dans leur tente, où leurs camarades étaient déjà couchés. À cet instant un cri résonna :

« Estafette pour le colonel ! » qui se répéta de sentinelle en sentinelle accompagné du son d’un galop allant croissant. L’homme démonta à l’entrée de la tente des officiers et salua celui qui en était sorti :

« Un message urgent du Comité de salut Public de N..., pour le colonel, mon lieutenant ! » Il tendit un pli et se recula d’un pas.

« J’ai l’impression que notre sort va changer ! » murmura Mathieu à son camarade, qui était revenu vers lui. « Un message urgent à cette heure !! ça va bouger ! » Et le jeune homme s’approcha tranquillement de la tente   en tendant l’oreille. Pour Marceau, l’essentiel n’était pas dans les ordres ou contrordres de l’armée, mais dans le fait de suivre en faisant de son mieux ce qu’on lui demanderait, en préservant ce qui lui importait le plus, à savoir la pensée de celle qu’il avait laissée. Aussi attendit-il sans bouger d’en savoir plus. Mathieu entendit le lieutenant donner l’ordre qu’on allât chercher les sous-officiers, et quand ceux-ci furent réunis, il put suivre leur dialogue.

« Nous repartons demain là d’où l’on vient » disait le colonel. « Il semble que la situation dans le Nord ne nécessite pas notre présence d’urgence, alors que les soulèvements du Bocage commencent à inquiéter les autorités.

- Nous allons combattre contre des paysans ? » questionna l’un d’entre eux, et Matthieu reconnut la voix du lieutenant.

- Oui, et surtout ce qui ne m’enchante guère, contre des Français ! » maugréa le colonel.

- Ce ne sera pas bien dur », ricana un homme. « Nous avons les fusils, et eux des fourches !

- Détrompe-toi, camarade sergent » répliqua fermement le lieutenant. « Des fourches et des faux peuvent être bien mauvaises aussi. » Il garda pour lui ses réflexions profondes sur les dangers de la guerre sur un terrain inconnu contre des gens qui eux, le connaissaient très bien. Le colonel reprit :

« Demain départ à l’aube et marche forcée vers N... Nous ne nous y arrêterons pas, mais nous continuerons plus au sud, vers Fontenay le Comte. Allez prendre du repos tant que vous le pouvez. » Les hommes se séparèrent et Mathieu, qui s’était reculé dans l’ombre, revint vers sa tente.

« Alors ? Quelles nouvelles ? » questionna Marceau plus par politesse que par réel intérêt.

« Nous retournons vers N... »

- Vers N... ? » s’exclama Marceau dont l’intérêt se réveilla soudain.

- Ne te monte pas la tête, nous ne nous y arrêtons pas mais continuons vers le Bocage, car c’est là qu’ils ont besoin de nous.

- Le Bocage ? Nous ne nous battrons pas contre les Autrichiens, alors ? Ah ! Je n’aime pas trop ça !!

- Allons mon gars ! C’est l’armée ici ! faut pas réfléchir aux ordres, c’est quasiment commencer à désobéir !!

- Tu dis vrai, mais ça ne me plaît pas plus pour autant ! » Et ils regagnèrent leur couchette.

La diane sonna alors que l’aube pointait à peine. Des lambeaux de brume pâlissaient les haies mais ne montaient pas jusqu’au ciel d’un bleu de nacre, annonçant une belle journée.  Les tentes furent repliées, les cendres éparpillées, les hommes se rangèrent aux commandements de leurs officiers. Lorsque le régiment fut en ordre de marche, le colonel, un homme grand et sec, le poil et l’œil charbonneux, qui avait à peine trente-cinq ans, sauta sur son cheval. Les tambours roulèrent, annonçant qu’il allait parler. Sa voix s’éleva alors, pleine et forte, avec cette pointe d’ail qui révélait une origine méridionale.

« Citoyens soldats !! Nous allons retourner sur nos pas, il est plus urgent d’aller défendre la République dans les provinces qui s’y opposent qu’à nos frontières où nos victoires sur les autrichiens les ont bien calmés. »

Une clameur enthousiaste répondit à ce rappel glorieux et plusieurs cris de « vive la République ! » se firent entendre.

« Citoyens soldats ! » reprit le colonel, « ne vous réjouissez pas trop, nous retournons vers vos familles et vos maisons, mais vous ne les verrez pas, car il nous faut aller à marche forcée là où les populations se rebellent contre la République. »

Il attendit quelques instants, laissant un lourd silence s’installer, puis il reprit :

« Ne croyez pas que ce sera facile, mais c’est notre devoir, nous devons le faire, et nous le ferons !! Vive la République !! »

Les hommes répondirent, mais l’enthousiasme n’y était plus trop.

Les tambours roulèrent à nouveau, et la troupe s’ébranla.

Deux semaines plus tard,  elle campait à nouveau sur des hauteurs d’où l’on pouvait apercevoir les remparts de N... Marceau s’était éloigné, choisissant un endroit solitaire d’où il pouvait rêver en les contemplant. Il ressentait une sourde angoisse à l’idée que l’heure des combats approchait, et qu’il allait falloir affronter des gens qui parlaient le même patois que lui. C’était une chose que d’aller défendre le territoire de la Patrie contre l’invasion autrichienne, et c’en était une toute autre que d’aller fusiller des paysans qu’il imaginait ressemblant à ses parents. Un pas s’approchant le fit se retourner.

« Je te cherche partout, » s’exclama Matthieu. « C’est l’heure de la soupe ! N’entends-tu pas le clairon ?

- Je n’ai guère faim, sais-tu ! » répondit Marceau.

- Ah ! je sais bien pourquoi !! » et d’un geste du menton il désigna en souriant la ville au loin.

- Il y a bien de ça, c’est vrai, » répondit Marceau. « Mais je n’aime guère l’idée de ce qui nous attend bientôt.

- Aurais-tu peur ? » s’exclama l’autre. « Cela m’étonne de toi !

- Eh oui ! J’ai peur ! Bien sûr ! Et si tu avais deux sous de bon sens tu aurais peur aussi !! Le courage, ce n’est pas de se jeter en avant sans réfléchir, mais de savoir ce qu’il peut en coûter et d’y aller quand même ! Mais surtout, c’est la pensée de ceux qui seront en face de nous qui me tourmente ! Des paysans de chez nous, ou de pas loin ! Tu n’y penses donc pas ?

- Ma foi, non !! Comme je te l’ai déjà dit, faut pas réfléchir, quand tout ce qu’on nous demande c’est d’obéir ! Allons, viens manger, tu n’y gagneras rien,  à dormir le ventre creux, et demain, il faudra encore marcher »

Et Matthieu s’éloigna en sifflant une chanson de marche. Marceau le regarda partir d’un air pensif, admirant et enviant un peu cette simplicité de raisonnement. « Je pense que Matthieu a trouvé sa voie » se dit-il  en s’en allant à son tour vers le camp. « Il a l’étoffe d’un bon soldat. »

Et le lendemain la troupe reprenait la route vers le bocage vendéen.

 

Commentaires

Tu le sais, j'aime à la folie ^^

Écrit par : fée clochette | 26/01/2011

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