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13/10/2010

Hisroire d'un bouton - 3ème partie ch. 2 l'attente

Chapitre 2 - L'attente.pdf

 

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CHAPITRE  2
L’attente
Edmée s’éveilla au chant du coq. Le jour pointait à peine entre les rideaux à
demi tirés de sa chambre. Le marteau de la forge résonnait pourtant déjà. La
jeune fille l’entendit avec un mélange de plaisir et de tristesse : plaisir, car cela
signifiait le retour de son père au domicile familial, tristesse, car le nouvel
apprenti, un gamin de quinze ans, n’était pas celui que ce tintement lui rappelait
douloureusement. . Maître Fargaud avait fait valoir que, seul maintenant, il ne
servait plus à grand chose dans l’atelier du Château, et puis Mme Fargaud était
souffrante, il serait plus utile à travailler auprès de sa famille, car il y aurait plus
le cœur à l’ouvrage. Le lieutenant à qui il avait eu à faire, le même que celui qui
avait envoyé Mathieu et Marceau à  l’armée, s’était un peu fait tirer l’oreille.
« Je ferai tout l’ouvrage qui me sera demandé, aux mêmes conditions qu’ici,
mais ma famille a besoin de moi, et cela m’empêche d’être aussi bon que je le
devrais. »
- Hum ! Voilà un argument que bien des gens de ce château trouveraient
fallacieux !! Penser à sa famille avant la République ! Bien, bien ! » avait ajouté
le lieutenant, coupant court à l’ébauche de protestation de l’armurier, « Je vous
comprends. De toutes façons, je pars moi-même demain – enfin ! rejoindre
l’armée, et personne ne viendra plus me chanter pouilles pour telle ou telle
décision qui aurait déplu ! Rentrez chez vous, maître Fargaud. Voici le papier
qui vous libère.
- Lieutenant, si j’osais...
- Quoi encore ?
- Vous allez rejoindre l’armée, celle-là même où mes garçons sont partis ?
- Oui, sans doute, et même il se pourrait bien qu’ils soient sous mes ordres !
- Ah ! j’en suis heureux, voyez-vous, monsieur, ... lieutenant, j’en suis
heureux ! »
Et maître Fargaud, s’inclinant devant l’officier, s’était empressé de rejoindre ses
pénates, où il avait été accueilli avec le bonheur que l’on imagine.
Après le départ des garçons, comme disait l’armurier, le temps s’était comme
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ralenti ; depuis la découverte fortuite du trésor jusqu’à ce petit matin où  elle
avait vu partir Marceau, tout s’était bousculé et  les évènements s’étaient
succédés à vive allure, puis, d’un seul coup, c’était le calme plat. Oh ! bien sûr,
Edmée ne ressentait cela que pour ce qui la concernait, car autour d’elle,
l’histoire galopait. Le mois de Juin éclatait partout dans toute la splendeur de ses
couleurs et de ses parfums, mais les hommes n’en avaient cure : les chouans du
Bocage s’étaient  constitués en une véritable armée.  À la fin du mois de mai, ils
avaient même remporté une victoire sur les Bleus, et ils se rapprochaient de
Nantes. Maître Fargaud avait raconté à la table familiale qu’à Paris une bonne
partie des députés avaient été arrêtés, ceux que l’on nommait les Girondins. Il
leur avait expliqué que cela signifiait encore plus de sévérité dans l’application
des lois. Les gens avaient peur, mais en même temps il y avait une forte
excitation, car chaque jour apportait un changement : les biens communaux
avaient commencé à être partagés, et cela, pour le peuple, c’était bien plus
qu’une belle idée de liberté, c’était du réel, du concret ! Comme le répétait
toujours Manette : « Fallait pas toucher à  l’église et aux curés !! C’est pour ça
que le Bocage se révolte ! Ils seraient trop contents qu’on leur donne de la terre,
mais ils veulent garder leur curé !! » Manette, quant à elle, si elle allait à la
messe de six heures le dimanche, n’en faisait pas une affaire d’état, et que le
curé fût  « jureur » ou non ne lui importait guère ! Ses parents avaient été des
huguenots qui s’étaient convertis pour échapper aux incessantes persécutions de
l’État, et elle en avait gardé l’esprit indépendant et libre. Maître Fargaud
affichait plutôt un esprit voltairien, et le culte de la Raison  lui plaisait assez,
tout en pensant qu’aucun culte du tout eût été aussi bien, mais il le gardait pour
lui. Sa femme était restée traditionaliste à ce sujet, et n’aimait pas l’entendre
remettre en cause ses croyances. Aussi s’en gardait-il bien, trouvant que cela ne
valait pas de blesser un être qu’il chérissait et de troubler la paix de son ménage.
La vie avait donc repris un cours à peu près normal, si l’on exceptait
les difficultés d’approvisionnement et la crainte perpétuelle de lâcher
le mot qu’il ne fallait pas devant la personne qu’il ne fallait pas non
plus ! Edmée pensa  qu’il faudrait peut-être renouveler les provisions,
celles-ci s’amenuisaient, et surtout cela lui donnerait l’occasion de
retourner  à Plessis-le-Château. Elle ne perdait pas espoir d’apprendre
quelque chose au sujet de la famille qui avait fui. Elle avait moins
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souvent l’occasion de rencontrer maître Jacquinot, à présent, mais
sous couvert d’une promenade et avec l’aide de Manette, elle avait pu
lui rendre quelques visites. Le tapissier commençait à s’habituer à
l’idée du trésor qui dormait dans sa plate-bande, sous ses giroflées.
« Dame, Mamzelle, j’n’y pense quasiment plus !! » déclara-t-il ce
matin-là. «  C’est là, ça n’mange pas d’pain !! Y r’viendront bien un
jour, ces ci-devant-là, et alors y s’ront contents, pour sûr !!
- Certainement, maître Jacquinot, mais la vie doit être dure pour eux
en exil, et ils en auraient bien sûr besoin dès à présent ! Sans compter
que je suis toujours inquiète pour vous !
- Je croirais plutôt que c’n’est pas dans votre nature d’attendre bien
tranquillement sans rien faire !! J’vois bien que vous avez bien envie
de faire avancer cette affaire ! Dame, vous n’êtes pas fille d’Eve pour
rien, Mamzelle Edmée, et vous voudriez savoir !!
- J’avoue, maître Jacquinot, j’avoue » répondit Edmée en riant. « Je
n’ai pas trop de patience, et nous ne pouvons pas en rester là. Et c’est
précisément ce que je suis venue vous dire : demain Manette et moi
partons dès potron-minet pour Plessis le Château et nous nous
arrêterons à Champvallon. Vous avez bien aimé ces pommes de terre
que je vous ai données, n’est-ce pas ?
- Ma foi, ça s’laisse bien manger, cuites avec un morceau de lard, ou
simplement dans de l’eau salée avec un bon morceau de beurre ! Ce
sont le beurre et le lard, malheureusement, qui se font rares !! Mais
même sans rien ça tient au corps, c’est déjà ça !
- Je vous en ramènerai. Je vous laisse, maître Jacquinot, bonne
journée ! » Et Edmée repartit d’un pas alerte vers la pierre à poissons,
lieu où les pêcheurs continuaient d’apporter leur pêche, et qui était le
meilleur endroit de la ville pour se tenir au courant des derniers
évènements. En y arrivant, elle dût  se frayer un passage parmi les
commères qui, le panier au bras, inspectaient la marchandise tout en
bavardant allègrement. Elle espérait y entendre des nouvelles des
armées, car Marceau et Mathieu n’avaient pas donné signe de vie
depuis leur départ. Les bavardages allaient bon train :
« Mon cousin Marin, qui vit près de Fontenay le Comte, est arrivé
chez nous hier à la soirant, avec femme et enfants, les armées sont
passées sur sa terre, et il n’en reste pas grand chose !
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- Quelle armée, la Margot ? Y en deux, le Bleus et les autres, les
Blancs, vu qu’ils ont repris le drapeau du Roi !
- Ben les deux à vrai dire, mon gars Jacques !!! Les Bleus en premier,
puis y sont repassés en vitesse avec les blancs aux fesses, sauf
vot’respect, et je crois que ça n’a pas été bon pour eux !! En tous cas
la ferme au gars Marin, ben, elle a brûlé, et y-z-ont emporté tout ce qui
se mangeait !! Nous v’là avec trois bouches de plus à nourrir, à
c’t’heure ! »
Timidement, Edmée intervint :
« Savez-vous s’il y avait des hommes d’ici, Madame ?
- Dame, ma jolie, mon cousin n’a point eu trop l’temps de les
regarder !! Il était trop occupé à sauver sa peau, et celle de sa famille !
Mais j’crois bien que nos hommes d’ici ont été envoyés aux
frontières ?
- Oui-da » reprit l’homme qui avait été appelé Jacques, « mais ils ont
été rappelés par ici à moitié chemin, car c’est ici que ça s’est mis à
mouver ferme, alors que dans l’nord, on leur a plutôt mis la piquette,
aux Autrichiens ! »
Le cœur d’Edmée sauta de joie : Marceau n’était peut-être pas loin !!!
Et qui sait ? Peut-être allait-on en avoir des nouvelles ? Elle acheta de
beaux maquereaux frais que Manette savait si bien apprêter et se
dépêcha de revenir chez elle.
Elle se précipita dans la cuisine : « Manette !! Manette !! Il est près
d’ici !!
- Qui ça donc, ma poulette ?
- Marceau !!! Son armée n’est pas allée jusque dans le Nord, ils sont
revenus à cause de la révolte dans le Bocage !
- Ah ! Mais c’est que ce n’est pas beau, ce qui se passe là-bas !
Anselme m’en a parlé tout à l’heure !! C’est encore plutôt du côté de
Fontenay le Comte, mais ça gagne ! Les Bleus ont bien du mal, le
Bocage, on s’y perd, les chemins creux sont de vrais pièges ! Mais ne
t’inquiète pas, ma poulette, » rajouta vivement la gouvernante en
voyant le regard d’Edmée s’emplir d’angoisse, « ne t’inquiète pas !!
Notre Marceau, et même le Mathieu, ils le connaissent le Bocage,
d’ici ou de là-bas !! Ils sauront s’en tirer.
- Mais demain, Manette, nous devions partir chez ta cousine, le
pourra-t-on ?
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- Oui, pour sûr !! Le jour ça ira et les troubles sont encore loin au sud.
Et puis il faut bien !! J’ai déjà retenu la charrette ! » précisa-t-elle en
riant.
Edmée eut du mal à trouver le sommeil. La pensée que Marceau était
sans doute plus proche qu’elle ne l’avait supposé lui faisait battre le
cœur de plaisir, mais les nouvelles de la guerre l’angoissaient
profondément. Son Marceau n’était pas soldat, saurait-il se défendre ?
Après une courte nuit entrecoupée de rêves pénibles où de sombres
chemins creux abritaient des ombres menaçantes, elle se retrouva dans
la cuisine au côté de Manette. Les deux femmes avalèrent rapidement
leur soupe du matin (il n’y avait plus de café !!) et descendirent la rue
jusqu’à l’écurie de Joseph Carriton, où elles trouvèrent la mule toute
attelée.
Artémise trottait bien et le route défilait rapidement. Le soleil se levait
sur les champs et les prés. Les blés encore verts mais déjà jaunissants
ondulaient sous la brise. L’herbe était haute dans les prairies, et de ci
de là on avait commencé à faner. Le délicieux et vivifiant parfum du
foin coupé emplissait l’air frais du petit matin. Les faucheurs
avançaient d’un pas régulier et l’éclair de la faux couchait les andains
dans un éclaboussement de tiges vertes. Dans quelques jours, il
faudrait les retourner avec de lourds râteaux de bois, puis ils seraient
mis en gerbes, puis entassés dans de  pesants chariots qui s’en iraient,
au pas lent des bœufs, dans un balancement majestueux, jusqu’aux
vastes, obscurs et odorants fenils. Là, dans la poussière dorée dansant
dans les rais de lumière, ils seraient engrangés pour la nourriture des
bêtes en hiver. Edmée était allée dans son enfance faire les foins avec
Manette chez ses cousins, et elle gardait bien vivants dans sa mémoire
l’obscurité chaude et poussiéreuse du fenil, et surtout l’arôme unique
du foin coupé, au soir tombant, quand le serein en se déposant en
exacerbait les senteurs.
« Il n’y a pas de parfum meilleur au monde, Manette ! » s’exclama-t-
elle. « Si j’étais parfumeur, je chercherais à le reconstituer, car ce
serait le seul que je voudrais porter ! Comme j’aime la saison des
foins !
- C’est vrai, fillette, c’est un bien beau temps que celui des foins ! »
répondit Manette, et dans sa voix passa la nostalgie d’un souvenir de
retour à la ferme en haut du tas de foin. Anatole était là, près d’elle, et
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elle pouvait encore sentir la chaleur de sa main autour de la sienne,
malgré les années écoulées. Après l’arrêt à Champvallon, chez Marthe
Grosjean qui leur redonna un sac de pommes de terre, elles
continuèrent leur route en devisant gaiement. Le soleil commençait à
descendre quand elles arrivèrent chez Rose Bourgouin.
Comme à son habitude la femme du régisseur les accueillit
chaleureusement. Installées devant une bolée de cidre mousseux, elles
se mirent à échanger des nouvelles. Rose voulait savoir ce qui se
passait en ville, Manette demandait si la campagne était toujours
calme, si on entendait parler par ici de bruits de révoltes dans les
campagnes.
« Nous avons vu passer les régiments des Bleus, il y a quelques jours.
Ils ne chantaient guère, et les visages étaient sombres. Il paraît que les
gars du bocage se défendent drôlement, et même qu’ils attaquent !!
Dame vous pensez ! Ils sont chez eux ! Chaque trogne est un abri, et
une fois les soldats engagés entre deux talus sous le couvert des haies,
ils sont pris au piège ! » Manette, inquiète de voir pâlir Edmée,
changea de conversation :
« Et avez-vous entendu parler de vos ci-devants ? Ceux du château ?
- Mais oui ! il y a deux ou trois semaines, un patron pêcheur de la côte
est venu par ici, soit disant pour vendre sa pêche. On ne l’avait jamais
vu, mais il avait l’air d’un brave homme. Il a posé quelques questions,
voyant le château désert et les grilles brisées. J’ai bien senti qu’il allait
à la pêche – c’est le cas de le dire !! » Et Rose s’esclaffa. Manette fit
chorus et Edmée, qui avait dressé l’oreille, interrogea :
«  Et alors, madame Bourgouin, que voulait-il ?
- Quelque chose me dit qu’il aurait bien aimé savoir ce que le vieux
marquis était devenu. Dame ! je le lui ai dit, ce n’est pas un secret, il a
été emmené le jour du pillage du château. « Et après ? » qu’il m’a dit.
Eh bien, que je lui ai répondu, je n’en sais trop rien, mais nous n’en
avons point entendu causer par ici. On ne l’a plus revu, il aura du subir
le même sort que les autres.
- Mais s’il demandait cela, peut-être avait-il vu la famille ? peut-être
savait-il où elle se trouvait ? » interrogea vivement Edmée
- C’est ce que j’ai essayé de savoir, mais dame, ! il s’est refermé
comme une palourde, il se méfiait et ça s’comprend, par les temps qui
courent !!
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- Il s’appelait comment, ce pêcheur ? » questionna la jeune fille,
tentant d’avoir l’air aussi indifférent que possible
- Il l’a dit au patron, qui le lui a demandé. C’est que nous aussi, nous
sommes prudents ! Il a dit se nommer Michel Moreau, et venir d’un
village à côté de Pornic. »Edmée se rembrunit, et Manette, qui lisait
en elle à livre ouvert, déclara vivement :
« Cela fait une trotte !! » Elle voyait bien ce qui occupait l’esprit de la
jeune fille : y aller, bien sûr et chercher ce Michel !! Mais ça, il n’en
était pas question ! C’est là qu’elle se ferait chanter pouilles par ses
maîtres, sans compter que c’était très risqué. Aussi, prenant les
devants, elle ajouta :
« À mon avis, vous ne le reverrez point par ici !!
- Je ne crois pas non plus, mais attendez le meilleur ! Tout en causant
le patron lui a raconté qu’il travaillait pour les ci-devants, qu’ils les
aimaient bien !! Chacun avançait d’un pas, tâtant le terrain, se
tournant autour, flairant l’autre pour savoir jusqu’où il pouvait aller !!
Alors d’un coup le v’là qui s’déboutonne : Ecoutez, monsieur, vous
avez l’air de quelqu’un de brave, je n’vas pas tourner autour du pot
plus longtemps. Je cherche des nouvelles pour le jeune Monsieur
Guillaume. Y sont en Angleterre à c’t’heure, et il se ronge les sangs de
n’pas savoir ce que son grand-père est devenu ; » Et là le patron lui a
raconté les chalands, et la noyade de tous ces pauv’gens. Il était tout
pâle, ils nous a bien remercié de l’accueil, et il est reparti. Sûr qu’il ne
reviendra pas ! »
- En Angleterre !! » soupira rêveusement Edmée et Manette se dit
dans son for intérieur : « Pas de ça ma belle !!! Ta vieille Manette va
sûrement t’en empêcher ! » la jeune fille, toujours dans ses songes, se
leva et se dirigea vers le jardin. « Je vais me promener, Manette ! « 
dit-elle en sortant. « Oui-da, ma belle !! Tu vas bâtir des plans tous
plus impossibles les uns que les autres, mais je suis là !! » «  Je
t’accompagne, ma poulette !! » déclara d’un ton décidé la
gouvernante, et joignant le geste à la parole elle suivit prestement
Edmée au jardin.
Le soir tombant jetait sa poudre d’or dans le ciel pâli et des rais de
pourpres striaient le bois qui fermait le fond du jardin. Manette prit
affectueusement le bras d’Edmée et dit avec tendresse :

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« Je sens bien que tout t’impatiente, ma belle, Marceau loin, ou près,
la guerre, cette histoire avec maître Jacquinot, tu voudrais que ça
avance, qu’il se passe quelque chose, et tu vas aller te jeter tête baissée
dans je ne sais quelle aventure ...
- Mais rassure-toi, Manette, je ne suis pas folle au point de chercher à
partir en Angleterre, » dit en riant Edmée. «  Mais il est juste de dire
que je me sens prise dans une nasse, comme ligotée et que j’ai des
envies de ruades, comme un cheval trop longtemps enfermé !! Mais
enfin, nous avons appris quelque chose de positif, aujourd’hui : ils
sont saufs en Angleterre !! Ah ! comme je voudrais que Marceau
écrive, au moins à Papa !! » Et passant du rire aux larmes, la jeune
fille jeta ses bras autour du cou de Manette en éclatant en pleurs. La
gouvernante lui tapota le dos, lui murmura des paroles de consolation,
des conseils de patience tout en sachant que peu de mots sont capables
de réellement soulager une peine, et que la chaleur de ses bras et de sa
tendresse ferait le reste. Elles retournèrent lentement vers la maison,
l’une soutenant l’autre, alors que Rose Bourgouin tournait le coin de
la maison pour les appeler à la soupe. Et Edmée se dit que demain,
peut-être, quand elle serait à nouveau chez elle, demain, elle aurait des
nouvelles.

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